mercredi 13 septembre 2006, par Psy désir (br)
- Pédopsychiatrie : Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans -
L’Inserm vient d’annoncer une refonte de ses méthodes d’expertises dans le domaine de la santé psychique.
Le débat scientifique et de société impulsé par "Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans" a donc porté ses fruits.
Face à l’ampleur du mouvement, le ministre de la santé avait chargé l’INSERM d’organiser un colloque
Celui-ci, intitulé « Trouble des conduites : de la clinique à la recherche », s’est tenu le 14 novembre dernier à Paris.
L’Inserm y a fait son "mea culpa".
Dans sa conclusion, le porte parole de l’Inserm a annoncé que les méthodes de travail des expertises Inserm dans le domaine psychique seront revues. Il y aura, notamment, prise en compte de la diversité des approches épistémologiques et pratiques, comme de l’expérience des acteurs de terrain et de l’apport des sciences humaines et sociales concernées par les problématiques considérées. "La multidisciplinarité est une condition d’une démarche éthique et scientifique", a considéré Jean-Claude Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm.
Jean Marie Danion, professeur de psychiatrie à Strasbourg, directeur de l’unité Inserm 666 et porte parole de l’Institut précise : "Désormais lorsqu’une expertise aura de fortes implications sociétales, comme celle-là, nous demanderons aux professionnels de terrain de nous faire des propositions sur les noms d’experts à consulter. Puis, à l’issue de ce travail, mais avant sa publication, nos interlocuteurs y auront à nouveau accès, afin de ne pas donner l’impression d’un texte détenteur d’une réalité intangible. Il nous faut également rejeter toute approche sécuritaire, en étant d’une vigilance sans faille vis-à-vis des risques de récupération politique".
Il aura fallu un an de travail et d’action du collectif "Pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans" pour aboutir à cette prise de conscience.
Fin 2005, l’Inserm publiait une expertise sur le « trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent ». Elle établissait une corrélation abusive entre des difficultés psychiques de l’enfant et une évolution vers la délinquance. Elle préconisait le dépistage de ce qui était appelé « trouble des conduites » chez l’enfant dès le plus jeune âge.
Au même moment, un plan gouvernemental de prévention de la délinquance apparaissait. Il prônait notamment une détection très précoce des « troubles comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance.
Janvier 2006, l’appel « Pas de conduite pour les enfants de trois ans » était lancé. Il s’élevait contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives et de contrôle social. Il refusait la médicalisation ou la psychiatrisation de toute manifestation de mal-être social. Il engageait à préserver, dans les pratiques professionnelles et sociales, la pluralité des approches dans les domaines médical, psychologique, social, éducatif... vis-à-vis des difficultés des enfants en prenant en compte la singularité de chacun au sein de son environnement. Il appelait à un débat démocratique sur la prévention, la protection et les soins prodigués aux enfants.
L’appel était très vite porté par près de 200 000 signataires. Le débat scientifique et de société prenait alors une ampleur sans précédent, témoignant massivement d’un double refus :
refus d’une prévention prédictive, du déterminisme et du conditionnement : à trois ans, tout n’est pas joué ;
refus de voir la politique de sécurité s’emparer, à travers un projet de loi sur la prévention de la délinquance, des domaines qui relèvent de la politique de santé, notamment de ce qui a trait au dépistage précoce dans la sphère psychique.
Juin 2006, "Pas de 0 de conduite" publie son premier ouvrage- et organise un débat national poursuivant la critique du rapport Inserm et dénonçant sa récupération politique [1].
Le gouvernement annonce alors le retrait de l’article sur le dépistage précoce du projet de loi prévention de la délinquance et renonce à l’idée d’un carnet de comportement dès la maternelle. Le dépistage précoce d’un trouble psychique chez les touts petits est déconnecté de la législation sur la délinquance.
Dans le même temps, la validité scientifique de l’expertise de l’Inserm est de plus en plus contestée par l’immense majorité des professionnels concernés, par de très nombreux chercheurs et par de larges secteurs de l’opinion publique et des familles. Notamment, la pertinence de la notion même de "trouble des conduites".
Lors du colloque Inserm du 14 novembre 2006, devant le ministre de la santé et le directeur de l’Inserm, c’est quasiment à une contre-expertise collective sur la question du dépistage des troubles des conduites de l’enfant que se sont livrés tous les grands noms de la pédopsychiatrie française, et des pédiatres, psychologues, sociologues, épidémiologistes...
Xavier Bertrand, ministre de la santé, a déclaré : "C’est la souffrance de l’enfant qu’il faut s’attacher à traiter". Il a plaidé pour un dépistage précoce, mais estimé que "toute association systématique entre troubles du comportement et délinquance est infondée". Regroupant les professionnels de la pédopsychiatrie, de la psychologie, de la santé et de la petite enfance, des chercheurs et des familles, ce colloque a dégagé un rejet quasi unanime à l’égard des préconisations de dépistage précoce de la délinquance, d’un dépistage centré sur les seuls symptômes visibles, d’un contrôle des familles et d’une approche sécuritaire des difficultés de santé. Tous les professionnels se sont accordés sur la nécessité d’une prévention globale des troubles, dans le respect de l’humanité et de la singularité de l’enfant comme de sa famille. Ils ont mis en valeur la notion d’accompagnement.
Aujourd’hui, un demi-million d’enfants sont suivis en psychiatrie publique, autant en CMPP (consultation médico-psycho-pédagogique) et en libéral. Mais tous s’accordent pour déplorer les listes d’attente interminables et le manque de moyens pour démarrer une prise en charge, une fois les premiers troubles détectés.
Ainsi, en moins d’un an, toutes les énergies mobilisées autour de Pasde0deconduite auront permis d’obtenir un double succès, sur le plan des enjeux scientifiques et de société, mais aussi sur celui des pratiques professionnelles de prévention dans le champ de la santé et de la petite enfance.
Les près de 200 000 signataires de l’appel Pasde0deconduite restent mobilisés, à l’heure où les fondements du secret professionnel, gage de l’efficacité et de l’éthique des pratiques de prévention, sont remis en cause par le projet de loi de prévention de la délinquance. Son article 5 prévoit toujours une mesure de levée obligatoire du secret professionnel dans le cas de personnes « présentant des difficultés sociales, éducatives ou matérielles » au profit du maire de la commune.
Le collectif Pasde0deconduite saura dénoncer les initiatives de fichage d’enfants en difficulté, dont la presse s’est fait l’écho, et qui pervertissent les pratiques de prévention.
Il saura aussi rester vigilant sur les contenus et l’éthique des productions scientifiques et des rapports officiels dans le domaine de la santé psychique de l’enfant et de la prévention.
Le deuxième ouvrage collectif de Pasde0deconduite vient de paraître, il rend compte de l’ensemble de ces enjeux, présentés lors du colloque que le collectif a organisé le 17 juin 2006 [2].
Nous avons bien avancé, mais l’action et la vigilance sont de mise : d’autres rapports, d’autres lois concernant nos enfants sont en cours...
www.psy-desir.com/textes/spip.php ?article1018
Le projet de loi de prévention de la délinquance qui vient en discussion au Sénat le 13 septembre (http://www.senat.fr/dossierleg/pjl05-433.html) comporte toujours, dans son article 5, une mesure de levée du secret professionnel dans le cas de personnes présentant de graves "difficultés sociales, éducatives ou matérielles" au profit du maire de la commune. Ainsi, les professionnels de santé ou de l’action sociale seraient dans l’obligation d’informer systématiquement le maire de difficultés qui relèvent d’un soutien social, éducatif ou de soins, au nom de la prévention de la délinquance.
Or chacun sait qu’il est essentiel que les citoyens puissent continuer à bénéficier de garanties de protection de l’intimité de leur vie privée, lorsqu’ils ont besoin d’une aide. C’est parce qu’ils savent cette confidentialité protégée que les parents acceptent de faire part de leurs difficultés les plus graves et de recevoir le soutien des professionnels qui sont alors fondés à élaborer avec eux des mesures de prévention ou de soins.
A l’évidence, selon le projet actuel, les familles ne pourraient plus faire confiance à ces professionnels et leur parler librement de leurs difficultés. Si cet article était voté, c’est la condition première de tout travail de prévention efficace et de qualité qui serait détruite. Alors, au nom d’une soit-disant meilleure efficacité de la prévention, on aboutirait au résultat inverse.
www.psy-desir.com/textes/spip.php ?article994
La psychiatrie aurait-elle perdu la mémoire ?
par Louise L. Lambrichs
Qu’est-ce que l’agressivité primaire et quelle est sa fonction dans le développement d’un nourrisson, d’un enfant, et plus largement d’un être humain entendu comme être de langage et de relations, doté d’une conscience rationnelle, d’un inconscient fonctionnant selon sa propre logique, bref, d’une mémoire psychique et corporelle à son insu constamment mobilisée dans les rapports intersubjectifs qu’il entretient avec son environnement familial et social ?
www.inventaire-invention.com/laplace/lambrichs_psychiatrie.htm
Appel en réponse à l’expertise INSERM sur le trouble des conduites chez l’enfant
Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des « troubles comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l’INSERM, qui préconise le dépistage du « trouble des conduites » chez l’enfant dès le plus jeune âge, prend un relief tout particulier.
Les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité. Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants « des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme » et la notion « d’héritabilité (génétique) du trouble des conduites ». Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : « indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas », etc. Faudra-t-il aller dénicher à la crèche les voleurs de cubes ou les babilleurs mythomanes ?
www.pasde0deconduite.ras.eu.org/
4éme de couverture
« Pas de zéro de conduite pour Les enfants de 3 ans ! » : sous ce cri d’indignation se rassemblent des professionnels de la santé et de l’enfance qui témoignent de leur engagement et de leur ambition pour le développement d’une prévention « prévenante », attentive aux enfants et respectueuse des familles. Ils répondent à l’expertise de l’INSERM sur le « trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent », dont ils dénoncent les risques de dérive. En effet, avec cette caution « scientifique », les pratiques de soin, d’éducation et d’accueil des tout-petits peuvent être instrumentalisées à des fins de sécurité et d’ordre public : la détection des enfants « agités » dans les crèches, les écoles maternelles, les consultations médico-sociales, au prétexte d’endiguer leur supposée délinquance future, pourrait transformer, aux yeux des parents, ces établissements d’accueil, de soin ou d’éducation en instances de contrôle, mettant en péril leur vocation sociale et le concept même de prévention. Ils rappellent l’intensité des mutations familiales en cours et refusent la médicalisation du mal-être social et psychique. Acteurs au quotidien, ils revendiquent l’organisation d’un débat transdisciplinaire qui réintroduise les sciences humaines et la psychanalyse dans la réflexion sur les difficultés de comportements des enfants quelles qu’en soient les causes. Avec les 180 000 signataires de la pétition, ils demandent l’organisation d’un débat démocratique et citoyen sur les préventions (médicale, sociale, psychique) et la protection des enfants. Ils en posent ici les bases à partir de leur expérience, de leurs analyses et de leurs convictions. Avec la participation de : l’Association des collectifs enfants, parents, professionnels (ACEPP), Patrick Ben Soussan, Christine Bellas-Cabane, Michel Botbol, François Bourdillon, Marie-Laure Cadart, Jean-François Cottes, Pierre Delion, Michel Dugnat (coordination), Sylviane Giampino, Bernard Golse, Roland Gori, Catherine Graindorge, Evelyne Lenoble, Philippe Meirieu, Laurent Mucchielli, Gérard Neyrand, Michel Parazelli, Bruno Percebois, Gérard Schmit, Pierre Suesser. Et aussi Autheman, Eddie, Jiho, Poncho, Zou.
En septembre 2005, l’INSERM a rendu publique une expertise sur le trouble des conduites de l’enfant et de l’adolescent. Cette étude nous incite à nous poser la question « Comment situer ce trouble au sein du phénomène social qu’est la délinquance ? »
www.1001-sciences.org/cafes_sciences_et_citoyens/cafes/2005-2006/tdc2.htm
Nos vies de moins en moins privées,
Nos enfants de plus en plus suspects
Depuis plus de trois ans, le ministre de l’intérieur prépare, sans consulter aucun des acteurs concernés, un projet de loi relatif à la “prévention de la délinquance”. Dans le contexte de la pré-campagne présidentielle, il veut imposer ce texte à tout prix. Ainsi, il n’a pas hésité à aller soutenir son projet devant les commissions des lois et des affaires sociales de l’assemblée nationale, alors qu’aucun projet de loi n’avait encore été examiné en conseil des ministres. Au delà de l’aspect compilation qu’il présente, et de l’instrumentalisation politicienne du thème de la délinquance qui le sous-tend, les éléments connus de ce texte permettent de dire qu’il ne constitue pas une réforme de plus, mais participe de la mise en place d’un projet global de société toujours plus sécuritaire.
www.syndicat-magistrature.org/IMG/pdf/561=prev_delinq_definit.pdf
http://www.serpsy.org/actua_rapido/article1.pdf
[1] "pas de 0 de conduite pour les enfants de 3 ans" édité chez Erès en juin 2006
[2] Actes du colloque pasde0deconduite du 17/06/2006, disponibles auprès de la Société française de santé publique
SFSP-BP7
54501 Vandoeuvre-lés-Nancy cedex
http://www.sfsp.info
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