jeudi 25 mars 2010, par Psy désir (br)
- Jeu pathologique/Jeu compulsif : Addiction -
Date de rédaction antérieure : 13 octobre 2004
Le jeu pathologique
Marc Valleur , Christian Bucher
Les formes de pratiques sociales des jeux sont aujourd’hui tellement diversifiées et répandues que la figure du joueur pathologique émerge désormais comme une nouvelle maladie.
Il existe des arguments très forts pour inclure celle-ci dans la notion d’addiction. Cet article dresse un tableau du jeu pathologique en rappelant sa place économique et sociale et son évolution historique. Le paradoxe decette "toxicomanie sans drogue" est qu’il s’agit évidemment d’une source de profit considérable pourl’Etat qui contrôle le système des paris et des casinos. On estime que le jeu pathologique touche 2 à 3% des adultes et qu’il s’agit d’une problématique surtout masculine.
La définition du jeu pathologique(DSM-IV) met en valeur une comorbidité importante (dépression, personnalités antisociales, usage dedrogues et d’alcool, trouble des conduites alimentaires).
Sur le plan psychanalytique (à partir deFreud, Bergler, Fenichel) le joueur rechercherait, par une forme d’auto-punition compulsive, à résoudre l’ambivalence envers le père et l’enjeu de l’intégration de la loi, démarche comparable aux autres formes de toxicomanies.
Une revue des propositions thérapeutiques est réalisée : abstention à visée thérapeutique, psychothérapies individuelles, thérapies comportementales et cognitives,thérapies de groupe, chimiothérapie psychotrope, associations et groupes d’entraide.
http://www.toxibase.org/Pdf/Revue/dossier_jeu.pdf
Marc Valleur - 10/07/2004
(d’après "Le jeu pathologique", (PUF, 1997), paru in revue "Toxibase"
Tant aux niveaux des définitions ou modèles explicatifs, que des propositions d’action thérapeutique ou préventive, il n’existe actuellement pas de consensus en matière de jeu pathologique.
Il ne s’agit pas ici d’une simple opposition entre des écoles différentes de techniciens du psychisme, qui débattraient du meilleur moyen de comprendre et de soigner une maladie ou un symptôme. (Les psychanalystes qui s’opposeraient aux comportementalistes, aux systémistes, aux biologistes...)
La frontière est plutôt entre une conception spécifique, tendant à faire du jeu pathologique une entité, une forme pathologique en soi, et d’autre part un abord de ce problème comme simple artefact, labile, et sans grand intérêt, du jeu en soi.
D’un côté, se trouvent des spécialistes qui voient dans le jeu pathologique une maladie, et qui vont en chercher les déterminants psychologiques, biologiques, neurophysiologiques, voire génétiques. Ces recherches visent à mettre au point des stratégies thérapeutiques, domaine dans lequel il n’y a guère d’accord, comme en témoigne la gamme très large des propositions. Nombre d’auteurs admettent qu’il y aurait un lien entre ce "modèle de maladie", et la promotion de l’abstinence totale et définitive comme seul but de traitement. Ajoutons qu’à l’évidence, il se trouvera plus, parmi les tenants de ce modèle, de personnes prêtes à considérer le jeu pathologique comme un fléau social, et à donner des jeux d’argent et de hasard en général une image négative. Luttant contre une maladie, les médecins relaient en quelque sorte les prêtres, qui avaient lutté contre le péché, et longtemps soutenu les interdictions légales en matière de jeu.
A l’opposé, les problèmes des joueurs vont être abordés de façon sociologique, anthropologique, et seront perçus comme l’extrémité d’une courbe de Gauss : il est admis de nos jours que la majorité de la population joue régulièrement aux jeux de hasard. Il est normal que d’un côté, à une extrémité de la courbe, se trouve une minorité d’abstinents, primaires (ceux qui n’ont jamais joué), ou secondaires (ceux qui ont arrêté). De l’autre côté se retrouvera une autre minorité, celle des personnes qui jouent plus que les autres, qui jouent trop.
Dans cette optique, il y a donc un continuum sans faille, dans les problèmes de jeu, tant dans les comparaisons que l’on peut faire entre telle ou telle personne, que pour un individu donné, dont la conduite de jeu pourra varier avec le temps, se déplacer le long de ce continuum, du non problématique au plus problématique.
Il n’y aurait alors pas forcément à chercher un "traitement", pour une maladie inexistante, mais simplement à promouvoir des stratégies d’apprentissage et de contrôle, de promotion du jeu modéré.
Ces oppositions de regard ne font que reproduire et transposer dans les mêmes termes les différents discours qui s’opposent, depuis des décennies, en matière de toxicomanies, d’alcoolisme ou de tabagisme :
La place singulière du jeu, longtemps considéré comme sacrilège, puis légalisé, et aujourd’hui largement répandu, encouragé, dans tous les pays, en fait un champ particulièrement éclairant pour l’ensemble des "nouvelles addictions".
Il existe des arguments très forts en faveur de l’inclusion du jeu pathologique dans cette notion d’addictions au sens large, qui dépasse la dépendance aux substances psychoactives pour s’étendre aux "addictions comportementales" (les toxicomanies sans drogue).
Tout d’abord la parenté entre les divers troubles qui s’y trouvent regroupés, et qui sont définis par la répétition d’une conduite, supposée par le sujet prévisible, maîtrisable, s’opposant à l’incertitude des rapports de désir, ou simplement existentiels, interhumains.
Ensuite, l’importance des "recoupements" ("overlaps") entre les diverses addictions : il existe une impotante prévalence de l’alcoolisme, du tabagisme, des toxicomanies, voire des troubles des conduites alimentaires, chez les joueurs pathologiques.
Aussi, la fréquence régulièrement notée de passages d’une addiction à une autre, un toxicomane pouvant par exemple devenir alcoolique, puis joueur, puis acheteur compulsif...
Enfin, la parenté dans les problématiques et les propositions thérapeutiques. Particulièrement importante est ici l’existence des groupes d’entraide, basés sur les "traitements en douze étapes", de type Alcooliques Anonymes. Ce sont en effet exactement les mêmes principes de traitements de conversion et de rédemption morale qui sont proposés aux alcooliques, aux toxicomanes, aux joueurs, et acceptés par nombre d’entre eux.
Ces mouvement d’entraide, qui recourent à un concept très métaphorique de maladie, soulignent la dimension de souffrance personnelle, de sentiment subjectif d’aliénation des sujets, des joueurs pathologiques, qui, comme les alcooliques ou les toxicomanes, ont l’impression d’être la proie d’un processus qui leur échappe. Subjectivement en tout cas, il n’y a pas continuité, mais rupture, saut qualitatif, entre joueur et joueur "pathologique", comme entre usager de drogues et toxicomane.
Le libéralisme, le droit à disposer de soi-même, la promotion d’approches visant à l’auto-contrôle, et non à l’abstinence, ne doivent pas devenir le moyen de nier la souffrance de ceux qui en viennent à "toucher le fond", et à leur refuser les moyens de "s’en sortir".
Afin d’aider la minorité qui souffre de sa dépendance au jeu, et de mieux étudier un phénomène encore trop opaque, il serait sans doute préférable qu’une part des revenus du jeu soit utilisée aux recherches, à la prévention et au traitement du jeu pathologique.
Ceci permettrait de soutenir des traitements ou des actions préventives visant la pratique du jeu contrôlé. Et permettrait d’ancrer certaines recherches sur l’étude des fonctions sociales et individuelles du jeu "normal". Le versant social et culturel, les déterminants anthropologiques, historiques, du jeu pathologique , seraient mieux étudiés : les recherches en la matière ne porteraient pas simplement sur les neuromédiateurs et la physiologie cérébrale...
Le jeu pourrait alors pleinement devenir un modèle dans le traitement par la société de ces nouvelles entités morbides, les addictions, qui sont encore trop souvent traitées à la fois comme vice, crime, infériorité ou maladie. La déprohibition, même pour certaines drogues, pourrait apparaître comme un objectif plus réaliste, s’il existait la certitude qu’elle ne serait pas une simple loi libérale destinée aux plus forts, abandonnant à leur sort ceux qui tombent dans le piège de la dépendance.
http://www.hopital-marmottan.fr/articles/jeupatho.php
Les addictions sans drogue : joueurs compulsifs pathologiques
Marc Valleur, Dan Vellea
La définition du concept d’addiction apparaît de plus en plus difficile à cerner.
Des toxicomanies à l’alcoolisme et au tabagisme, en passant par le jeu pathologique, les achats compulsifs, la sexualité et certains troubles du comportement... jusqu’à l’addiction, pourtant si peu virtuelle des cyberdépendants, on peut se demander quel est le point commun des addictions sans drogue et tout d’abord s’il existe.
Ce questionnement est incontournable pour bâtir des stratégies de prévention et d’intervention médico-sociale adaptées. Il a également pour conséquence de penser les addictions en terme de conduite des sujets plutôt qu’une approche à partir des produits psychotropes.
Ce thema de Toxibase propose d’entamer le débat à partir d’une vision conceptuelle des addictions sans drogue et d’une description nosographique et sociale de chacune d’entre elles.
L ’un des intérêts de recourir au mot addiction plutôt qu’à toxicomanie est de prendre acte de la parenté entre dépendance aux drogues interdites, alcoo-lisme, tabagisme, abus de médicaments... Un autre intérêt, qui devrait être plus déci-sif encore, est de relativiser la place des produits dans les dépendances en faisant une place importante aux toxicomanies sans drogue , aussi appelées addictions comportementales, dont le jeu patholo-gique est l’exemple le plus connu et le moins discuté.
La définition des addictions selon Goodman :
- A/ Impossibilité de résister aux impulsions à réaliser ce type de comportement.
- B/ Sensation croissante de tension précédant immédiatement le début du comportement.
- C/ Plaisir ou soulagement pendant sa durée.
- D/ Sensation de perte de contrôle pendant le comportement.
- E/ Présence d’au moins cinq des neuf critères suivants :
- I. Préoccupation fréquente au sujet du comportement ou de sa préparation.
- 2. Intensité et durée des épisodes plus importantes que souhaitées à l’origine.
- 3. Tentatives répétées pour réduire, contrôler ou abandonner le compor-tement.
- 4. Temps important consacré à pré-parer les épisodes, à les entreprendre, ou à s’en remettre.
- 5. Survenue fréquente des épisodes lorsque le sujet doit accomplir des obligations professionnelles, scolaires ou universitaires, familiales ou sociales.
- 6. Activités sociales, professionnelles ou récréatives majeures sacrifiées du fait du comportement.
- 7. Perpétuation du comportement bien que le sujet sache qu’il cause ou aggrave un problème persistant ou récurrent d’ordre social, financier, psychologique ou physique.
- 8. Tolérance marquée : besoin d’augmenter l’intensité ou la fréquence pour obtenir l’effet désiré, ou diminution de l’effet procuré par un comportement de même intensité.
- 9. Agitation ou irritabilité en cas d’impossibilité de s’adonner au com-portement.
- F/ Certains éléments du syndrome ont duré plus d’un mois ou se sont répétés pendant une période plus longue.
www.jeu-compulsif.info/documents/thema-revue-6.PDF
Cure psychanalytique de l’addiction
François Duparc
En résumé, d’après cette conception, une caractéristique propre à tous les cas d’addiction serait de reposer sur un raté du processus de symbolisation, une fixation aux aspects non-vivants de l’aire transitionnelle, renvoyant à un problème de séparation avec la mère non surmonté psychiquement en raison d’une défaillance du cadre familial. La mère créatrice d’illusion, dont naît l’objet transitionnel comme illusion de coïncidence entre réalité intérieure et réalité extérieure, et illusion d’indépendance, n’a pu remplir son rôle tout aussi essentiel dans la désillusion qui doit succéder à l’illusion première.
L’addiction commence alors dans l’après-coup de la puberté, alors que l’excitation libidinale en excès, non liée psychiquement, fait sentir son effet toxique sur l’appareil psychique, comme le dit Freud. C’est à ce moment qu’il est fait appel à un équivalent des objets transitionnels d’avant la puberté : le comportement addictif impliquant souvent un a
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